Textes

Les yeux fermés

Mes images dévoilent un monde invisible.
Je ne mets pas en scène le réel, ne le modifie pas, ni ne l’interviens.
Il est pour moi le matériau de l’expression de mon ressenti. Il me permet de réaliser ce mouvement libérateur, de l’intérieur vers l’extérieur.
Sentiments et sensations sont donc le vrai sujet de mon travail. Renoncer au contrôle de soi, revenir à une sorte d’état primitif et s’en remettre à la puissance du rêve et de l’inconscient, tel est mon désir.

De ces images se dégage une atmosphère mystérieuse, propice à la quiétude et l’abandon, parfois à la limite de l’abstraction. Elles invitent doucement à entrer dans un univers improbable et lointain.
Les couleurs sont saturées, contrastées, les lumières obscures. Comme l’épaisseur du silence, la lumière a dans ces conditions, une profondeur, une densité, une présence.

Un temps hors du temps, un espace hors de l’espace, dans lequel mon esprit se régénère, un lieu en-soi de l’être.

Refuge de l’ombre

La descente a duré vingt minutes. De longues minutes dans le noir et l’odeur âcre des gaz d’échappement du vieux bus rouillé. Le convoi était ininterrompu. Plus on descendait, plus le sentiment d’asphyxie m’envahissait. Terminus à 200 m sous terre.

En pénétrant dans ces gigantesques salles, je me sentais submergé par l’immensité de la mine. Les marbrures de sel sur les parois rectilignes m’hypnotisaient, blanchies par la lumière ardente des néons.
Des gens étaient là, une vie souterraine était organisée dans le froid et l’obscurité.
J’avais l’impression de vivre la fin du monde, la vie d’après.

Pourtant, ces familles étaient simplement venues respirer l’air salé de la mine pour ses bienfaits, comme on le ferait en bord de mer.

Etonnant brouillage de repère dans la perception émotive du lieu, vous faisant partager ainsi l’expérience de ma propre déstabilisation.

Retour à l’équilibre

Inégalités croissantes, réchauffement climatique, repli sur soi, le monde traverse une crise existentielle.

Déjà certains vivent, produisent et partagent autrement. Ces initiatives dispersées préfigurent une société en transition, qui repose sur la gouvernance des biens « communs », c’est-à-dire les ressources naturelles ou l’éducation par exemple.
Leur projet est porteur de sens et de lien social parce qu’il a une dimension collective et positive, et ressuscite cette « envie de demain » fondamentale pour l’équilibre de toute société.

Afin d’illustrer ces nouvelles pratiques, je suis parti dans ces écohameaux voir si ce modèle de décroissance n’était pas moins caricatural et plus désirable qu’on l’imagine souvent. En dérogeant aux codes du documentaire, j’ai souhaité m’inscrire dans une démarche engagée afin d’éveiller un imaginaire positif sur une alternative de vie en devenir.

La série est donc un enchaînement de « scènes tableaux » dans lesquelles le décor raconte autant que les personnages. A partir d’un environnement existant et d’un scénario légèrement décalé, j’ai invité les habitants à évoluer de façon spontanée à l’intérieur de ce cadre.

La lumière naturelle renforce le réalisme. Le hasard des situations détermine l’image finale. Mise en scène au départ, le naturel se retrouve dans l’artifice : la vie devient cinéma.