Textes Travaux

Locked down

Vidéo, couleur, 4’20, 2019

Je fais mon cinéma,
Avec pas grand chose,
Ce que m’offre le réel,
Ce que me donne le hasard,
Ses instants ordinaires,
Ses décors inattendus,
Ses acteurs qui s’ignorent,
Je me fais mon cinéma.


Les yeux fermés

Nos rêves sont souvent une reproduction de la vie réelle, avec de légères modifications qui les rendent incongrus. Ils nous surprennent comme tout ce qui est étrange, puis ils s’évaporent.

Mes images à la manière d’un rêve détournent la matière réelle pour mieux s’en échapper.

Parfois à la limite de l’abstraction, elles invitent doucement à entrer dans un univers improbable et lointain, propice à l’abandon.
C’est le moment de renoncer au contrôle de soi et de s’en remettre à la puissance de l’inconscient.

Les couleurs sont saturées, contrastées, les lumières obscures. Comme l’épaisseur du silence, la lumière a, dans ces conditions, une profondeur, une densité, une présence.

Un temps hors du temps, un espace hors de l’espace, dans lequel l’esprit se régénère, un lieu en-soi de l’être.
Je remercie l’incertain, le trouble, le hasard. Ils donnent à rêver.


Refuge de l’ombre

La descente a duré vingt minutes. De longues minutes dans le noir et l’odeur âcre des gaz d’échappement du vieux bus rouillé. Le convoi était ininterrompu. Plus on descendait, plus le sentiment d’asphyxie m’envahissait. Terminus à 200 m sous terre.

En pénétrant dans ces gigantesques salles, je me sentais submergé par l’immensité de la mine. Les marbrures de sel sur les parois rectilignes m’hypnotisaient, blanchies par la lumière ardente des néons.
Des gens étaient là, une vie souterraine était organisée dans le froid et l’obscurité.
J’avais l’impression de vivre la fin du monde, la vie d’après.

« Eric Rumeau propose de nous entraîner dans sa descente aux enfers avec « Refuge de l’ombre », qui est en fait une promenade de santé pour les personnes profitant des bienfaits de l’air confiné dans l’ancienne mine de sel.
Epoustouflant brouillage de repère dans notre perception émotive d’une photographie quasi documentaire que l’auteur déchire avec quelques mots en nous faisant partager l’expérience de sa propre déstabilisation. »
Peggy Allaire


Retour à l’équilibre

Inégalités croissantes, réchauffement climatique, repli sur soi, le monde traverse une crise existentielle.

Déjà certains vivent, produisent et partagent autrement. Ces initiatives dispersées préfigurent une société en transition, qui repose sur la gouvernance des biens « communs », c’est-à-dire les ressources naturelles ou l’éducation par exemple.
Leur projet est porteur de sens et de lien social parce qu’il a une dimension collective et positive, et ressuscite cette « envie de demain » fondamentale pour l’équilibre de toute société.

Afin d’illustrer ces nouvelles pratiques, je suis parti dans ces écohameaux voir si ce modèle de décroissance n’était pas moins caricatural et plus désirable qu’on l’imagine souvent. En dérogeant aux codes du documentaire, j’ai souhaité m’inscrire dans une démarche engagée afin d’éveiller un imaginaire positif sur une alternative de vie en devenir.

La série est donc un enchaînement de « scènes tableaux » dans lesquelles le décor raconte autant que les personnages. A partir d’un environnement existant et d’un scénario légèrement décalé, j’ai invité les habitants à évoluer de façon spontanée à l’intérieur de ce cadre.

La lumière naturelle renforce le réalisme. Le hasard des situations détermine l’image finale. Mise en scène au départ, le naturel se retrouve dans l’artifice : la vie devient cinéma.